C'est un peu arrivé de nulle part. 

 

Il est venu vers moi, L, naturellement. Il m'a trouvé "cute". Je l'ai trouvé "cute". 

 

Cela devait simplement être une petite virée d'un soir, quelque chose de rapide. Et pourtant, nous n'avons pas écouté notre raison, nous avons continué. 

J'ai merdé. J'ai commencé à m'attacher à toi. De plus en plus. Bien trop rapidement. Mon coeur bouillonnait et à mesure qu'on se revoyait, il débordait de plus en plus. C'était rapide, dangereux, téméraire. 
Tu as pris peur. Tu as senti trop de pression tout d'un coup, la pression de mes sentiments, de mes mots. Je n'arrivais plus à me contrôler. J'ai très mal agi, et je le regrette si amèrement. 

Je crois que je t'aime déjà bien trop. Tu me manques. Mais toi, tu n'es - je pense - pas dans cet état d'esprit là. 

Bientôt, dans quelques jours, tu t'en iras, pour le service militaire. 2 années entières d'exil, loin de la civilisation, loin de la communication. 2 années intensives de pression, de formation, d'apprentissage. Tu n'auras plus je pense la tête à penser à nous deux. Tu seras immergé dans ce nouveau monde cruel et poignant de l'armée. Je serai sûrement une image au début, puis des mots, pour au final ne devenir qu'un souvenir pour toi. Je disparaitrais surement de ta mémoire petit à petit à mesure que le temps s'écoulera. 

Et moi? Pareillement. Je rentre en France, je pleurerai sûrement, je penserai à toi, ton sourire, tes yeux doux, tes gestes tendres, ton accent australien si craquant, ton air nonchalant et ta grande sensibilité. Ton être que j'admirais, que je trouvais si humble et si respectueux. Je penserai à toi, et au fur et à mesure que les jours, semaines, mois s'écouleront, le temps et la distance s'occuperont de guérir mon coeur. Tu deviendras toi aussi un souvenir heureux de ma mémoire, de ces courts jours passés ensembles, à manger des raviolis délicieux, à comparer nos langages, à se sourire mutuellement. Qui sait, ce qui se passera en deux ans? Je rencontrerai sûrement quelqu'un d'autre, je vivrai d'autres aventures. La tienne, en tout cas, fut intense. Je le chérirai si précieusement. 

Mon coeur a mal, il souffre si piètrement. Je suis quelqu'un qui se veut si forte émotionnellement mais qui est en réalité si fragile. J'ai tellement de mal à trouver une personne qui puisse enfin me convenir que quand tu es apparu, mon coeur s'est emballé si vite.

Le destin nous a fait rencontrer dans ce bar. Le destin nous a accordé ces moments si joyeux et précieux. Pourtant, vile et garce, le destin désire nous faire payer le prix de ce bonheur : il restera éphémère. Elle nous sépare donc.  C'est le marché à accepter. 

Tu t'en vas et je m'en vais, chacun dans nos vies respectives. 

L, prend soin de toi. Ces deux années, je te souhaite de les vivre au maximum, d'en profiter pour en apprendre plus sur toi-même et sur le monde. Tu es un homme qui mérite tellement le bonheur. Tu le trouveras, j'en suis sûre. Quand à moi... je vais apprendre à survivre à ceci. C'est bien ça, la vie!

Intimement, je ne peux m'en empêcher. De me demander. Pourrons-nous nous revoir un jour? Si le destin en a envie, il nous accordera cette chance.

 

Qui sait ?